Le carnet de commandes déborde, les soirées servent à rattraper l’administratif et les devis partent avec trois jours de retard. Pour beaucoup de dirigeants de TPE, c’est à ce moment que la question se pose : embaucher un salarié, enfin. La décision paraît simple, mais la première embauche change le statut de l’entreprise. Vous devenez employeur, avec des déclarations à tenir, un coût à absorber chaque mois et un poste de travail à fournir. Les étapes suivent ici l’ordre dans lequel elles se présentent, avec les points qui prennent de court ceux qui travaillaient seuls.
Avant la première embauche : trois questions à trancher
Le besoin et le contrat
Commencez par écrire la liste des tâches que vous voulez confier. Si elle tient en quinze heures par semaine, un temps partiel ou un prestataire suffira peut-être. Si le besoin est lié à un pic d’activité, le CDD se justifie ; s’il est durable, le CDI reste la règle. Un CDD doit obligatoirement être écrit, avec son motif, sous peine d’être requalifié en CDI.
Le budget sur douze mois
Raisonnez sur une année, pas sur un mois. Un recrutement met souvent plusieurs mois à devenir rentable : le temps de former la personne, de lui transmettre vos clients et vos habitudes. Il faut donc avoir la trésorerie pour tenir cette période sans compter sur le chiffre d’affaires qu’elle générera.
Le lieu de travail
C’est la question que l’on oublie le plus souvent. Tant que vous étiez seul, la table du salon ou la chambre d’amis faisait l’affaire. Un salarié, lui, doit disposer d’un poste conforme. Trois options se présentent en général :
- Rester au domicile du dirigeant : économique, mais recevoir quelqu’un chez soi chaque matin pose vite des problèmes d’assurance, d’accès aux sanitaires, d’intimité et de crédibilité face aux clients.
- Signer un bail commercial : un bail classique engage le locataire sur plusieurs années, ce qui est lourd quand l’équipe compte deux personnes.
- Opter pour un bureau privé dans un espace partagé : un loyer mensuel qui inclut mobilier, connexion et entretien, avec la possibilité d’ajouter des postes si l’équipe grandit.
La dernière formule a l’avantage d’être prête le jour de l’arrivée. Si votre entreprise est installée en Maine-et-Loire, vous pouvez par exemple réserver un bureau fermé pour son équipe à Angers dans un espace de travail partagé, où le mobilier et la connexion sont déjà en place ; la plupart des grandes villes proposent des offres comparables.
Les démarches pour embaucher un salarié, dans l’ordre
Le site Service-public.fr détaille les formalités d’embauche du secteur privé. Pour une première fois, elles se répartissent en trois temps.
Avant l’arrivée
La déclaration préalable à l’embauche (DPAE) se fait auprès de l’Urssaf (ou de la MSA en agricole), au plus tôt 8 jours avant l’embauche et au plus tard avant la prise de poste. Elle déclenche plusieurs démarches à votre place, dont l’immatriculation de l’entreprise comme employeur. Service-public.fr rappelle qu’une absence de DPAE est passible d’une amende administrative de 1 305 € par salarié, sans compter les poursuites pénales en cas de travail dissimulé.
Le jour J
- Inscrire le salarié au registre unique du personnel, obligatoire dès le premier salarié.
- Remettre le contrat de travail, ou au minimum les informations écrites obligatoires : poste, lieu de travail, rémunération, durée du travail. Elles doivent être transmises dans les 7 jours calendaires, les autres (congés, formation, convention collective) dans le mois.
- Remettre au salarié une copie de la DPAE ou de son accusé de réception.
Les semaines suivantes
- Adhérer à un service de prévention et de santé au travail, qui organisera la visite d’information et de prévention (dans les trois mois suivant la prise de poste dans le cas général).
- Affilier le salarié à la caisse de retraite complémentaire Agirc-Arrco.
- Mettre en place la mutuelle d’entreprise, dont l’employeur finance au moins la moitié de la cotisation.
- Rédiger le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), exigé dès le premier salarié, même dans un bureau.
- Transmettre chaque mois la déclaration sociale nominative (DSN), qui remplace l’essentiel des déclarations sociales.
Pour les nouveaux employeurs, l’Urssaf propose un accompagnement dédié baptisé Urssaf Première Embauche, avec un interlocuteur unique pendant les premiers mois.
Combien coûte vraiment un premier salarié ?
Le salaire brut n’est que la partie visible. Au coût employeur s’ajoutent les cotisations patronales, dont les taux varient selon l’effectif, le niveau de salaire et la convention collective. Plutôt que de se fier à un pourcentage moyen lu au hasard, le plus fiable est d’utiliser le simulateur de coût d’embauche de l’Urssaf, disponible sur son service en ligne mon-entreprise, qui calcule le montant à partir d’un salaire brut ou net.
Depuis le 1er janvier 2026, la réduction des cotisations patronales sur les bas salaires a été refondue. L’Urssaf l’appelle désormais la réduction générale dégressive unique (RGDU) : elle s’applique aux rémunérations inférieures à 3 fois le Smic, de façon dégressive, et regroupe les anciennes réductions de taux maladie et famille. C’est l’employeur, ou son logiciel de paie, qui la calcule et la déclare en DSN.
Au-delà de la paie, prévoyez les postes que l’on sous-estime :
| Poste de dépense | Fréquence | À vérifier |
|---|---|---|
| Mutuelle (part employeur) | Mensuelle | Au moins 50 % de la cotisation |
| Service de santé au travail | Annuelle | Cotisation par salarié |
| Logiciel de paie ou expert-comptable | Mensuelle | Tarif par bulletin |
| Ordinateur, téléphone, licences | À l’embauche | Achat ou location |
| Poste de travail (mobilier, local) | Mensuelle | Loyer, charges, assurance |
Aides à la première embauche en 2026 : ce qui existe encore
Il n’existe plus d’aide nationale réservée au tout premier salarié. L’aide de 4 000 € créée en 2015 pour la première embauche en TPE a pris fin le 31 décembre 2016, et la liste des aides à l’embauche publiée par Service-public.fr n’en mentionne aucune équivalente en 2026. Les leviers disponibles sont plus ciblés.
- La RGDU, qui allège automatiquement les cotisations sur les salaires jusqu’à 3 Smic.
- L’apprentissage : selon Bpifrance Création, une aide exceptionnelle s’applique aux contrats conclus depuis le 8 mars 2026 et commencés avant le 1er janvier 2027. Elle va de 750 € à 6 000 € selon l’effectif et le diplôme préparé, et ne se cumule pas avec l’aide unique de 5 000 € aux employeurs d’apprentis de moins de 250 salariés.
- Les exonérations géographiques : dans les zones France ruralités revitalisation (ZFRR), Service-public.fr signale des exonérations de cotisations patronales, sous conditions, pour les entreprises qui recrutent.
- Les aides locales : régions, départements et France Travail proposent parfois des soutiens au recrutement de certains publics. Renseignez-vous auprès de votre CCI ou de votre chambre de métiers, car ces aides changent d’une année à l’autre.
L’apprentissage mérite réflexion pour une première embauche : l’apprenti partage son temps avec l’école, ce qui laisse au dirigeant le loisir de structurer le poste progressivement.
Accueillir un salarié quand on travaillait seul chez soi

Passer d’une à deux personnes, c’est aussi changer d’organisation physique. Le salarié a besoin d’un bureau, d’un siège réglable, d’un accès à vos outils et d’un endroit pour passer ses appels sans vous déranger. Le télétravail total est possible, mais un premier salarié apprend surtout en vous regardant travailler : les premières semaines côte à côte comptent.

Quel que soit le lieu retenu, préparez l’arrivée : identifiants créés, poste installé, planning de la première semaine écrit. Un salarié qui passe son premier jour à attendre un mot de passe garde longtemps cette impression.
Le premier mois, un calendrier à bloquer
Bloquez dans votre agenda trois rendez-vous : la DPAE une semaine avant l’arrivée, un point de fin de première semaine avec le salarié, et la première DSN, qui tombe le mois suivant. Si vous confiez la paie à un expert-comptable, demandez-lui dès maintenant la liste des documents qu’il attend. La première embauche se passe bien quand l’administratif est calé avant que la personne ne franchisse la porte, et que vous gardez votre énergie pour la former.


