Dans une récente entrevue avec l’agence de presse portugaise Lusa, Nicolas Schmit, Commissaire européen à l’Emploi, a plaidé en faveur de l’adoption d’une semaine de travail de quatre jours comme moyen d’améliorer l’attractivité des entreprises et de répondre aux aspirations des nouvelles générations concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Selon Schmit, le défi majeur au sein de l’Union Européenne ne réside pas tant dans le chômage mais plutôt dans la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. « De nombreux secteurs cherchent désespérément des employés et ne peuvent les trouver, car les gens ne veulent pas y travailler ou n’ont pas les compétences requises », a-t-il souligné. Pour lui, la semaine de quatre jours pourrait être une mesure incitative pour rendre les secteurs moins attractifs plus désirables aux yeux des candidats potentiels.

Toutefois, Schmit a admis qu’il n’y a pas de consensus au sein de l’UE sur la question et que l’initiative évolue progressivement.

Ses commentaires interviennent dans le contexte d’une expérience en cours au Portugal où, sur une période de six mois, des entreprises du secteur privé ont été invitées à tester une semaine de travail de quatre jours sur une base volontaire, sans perte de revenu. Dans la première phase de ce projet pilote, 46 entreprises sur 99 ont manifesté leur intérêt à poursuivre l’expérience.

La majorité des entreprises participant à la deuxième phase du projet compte jusqu’à 10 employés. Cinq des entreprises participant à l’expérience emploient plus de 1 000 personnes. Les secteurs principalement représentés sont le conseil, les activités scientifiques et techniques (près de 40%), suivis par l’éducation, l’information et la communication (15% chacun).

Cependant, certaines entreprises ont exprimé des réserves concernant la transition vers une semaine de quatre jours, citant des préoccupations telles que la complexité de la mise en œuvre, la nécessité d’investissements financiers et des doutes quant à l’efficacité de la mesure.

Cet essai au Portugal pourrait être un baromètre pour d’autres États membres de l’UE envisageant des stratégies similaires pour combler les lacunes en matière de main-d’œuvre tout en améliorant l’équilibre travail-vie. Nicolas Schmit espère que cette initiative suscitera un débat constructif et une réflexion approfondie sur la modernisation des pratiques de travail au sein de l’Union Européenne.

La semaine de quatre jours gagne du terrain en Europe

Dans un mouvement audacieux vers une évolution du marché du travail, plusieurs pays européens ont entrepris d’expérimenter la semaine de travail de quatre jours. La Belgique a ouvert la voie en devenant le premier pays de l’Union Européenne à introduire cette réforme novatrice en novembre 2022.

En Belgique, les travailleurs sont désormais autorisés à condenser leur semaine de travail habituelle en quatre jours, sans subir de perte salariale. Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a expliqué que l’initiative visait à accorder aux individus et aux entreprises plus de latitude dans l’organisation de leur temps de travail.

Mais la Belgique n’est pas seule dans cette entreprise réformatrice. L’Espagne a également lancé une expérience audacieuse en 2022, pilotée par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez. Le projet engage 200 petites et moyennes entreprises (PME) à réduire le temps de travail hebdomadaire à 32 heures sur quatre jours, sans diminution de salaire. Cette expérimentation, d’une durée de trois ans, examinera de près si la productivité s’en trouve améliorée par rapport aux entreprises conservant la semaine de travail traditionnelle de cinq jours.

En France, le paysage du travail est également en train d’évoluer. À l’instigation du ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, des entités telles que l’Urssaf et la Caisse nationale d’allocation vieillesse expérimentent la semaine de quatre jours. Attal a déclaré au journal L’Opinion que de nombreux Français sont en faveur d’une plus grande flexibilité dans leur organisation de travail. Il a souligné que cette réforme pourrait entraîner une réduction du temps de trajet, moins de stress et, finalement, un meilleur bien-être au travail.

L’innovation dans l’organisation du temps de travail continue de progresser en France, avec la métropole de Lyon qui s’apprête à mettre en œuvre la semaine de quatre jours pour ses employés à partir de septembre 2023.

Ces expériences en cours à travers l’Europe témoignent d’une prise de conscience croissante de la nécessité de réévaluer et de moderniser les méthodes de travail traditionnelles en vue de favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Le Royaume-Uni récolte les fruits de la semaine de quatre jours

Dans un changement radical des normes de travail, 61 organisations du Royaume-Uni ont pris part à un essai pionnier l’an dernier, réduisant les heures de travail de leurs employés de 20% pendant six mois sans compromettre les salaires. Les résultats publiés en février suggèrent que cette initiative a conduit à des améliorations considérables dans le bien-être des employés et la rétention des talents.

Selon l’étude, 71% des employés participants ont signalé une diminution de l’épuisement professionnel, tandis que 39% ont affirmé être moins stressés par rapport à la période précédant l’essai. D’une importance cruciale pour la santé des employés et la productivité de l’entreprise, les chercheurs ont observé une baisse stupéfiante de 65% des congés de maladie et une réduction de 57% du nombre d’employés quittant les entreprises participantes, par rapport à la même période de l’année précédente.

Étonnamment, non seulement le moral des employés s’est amélioré, mais les finances des entreprises sont restées stables. Les données fournies par 23 des organisations ont indiqué une augmentation moyenne de 1,4% des revenus pendant la période d’essai.

Un rapport résumant ces découvertes a été présenté aux législateurs britanniques, révélant l’enthousiasme des entreprises participantes pour la poursuite de la semaine de quatre jours. Un impressionnant 92% des organisations impliquées dans le programme pilote (56 sur 61) ont exprimé leur intention de continuer avec cette nouvelle approche du temps de travail, et 18 d’entre elles ont même officialisé ce changement en tant que politique permanente.

Il convient de noter que le projet pilote n’a pas imposé de modèle rigide de réduction du temps de travail. Les entreprises participantes n’étaient tenues que de maintenir les salaires à 100% tout en offrant une réduction « significative » du temps de travail. Cela a permis aux organisations de concevoir des politiques sur mesure qui tiennent compte de leur secteur, de leurs défis organisationnels, de leurs structures départementales et de leur culture de travail, remettant en question l’idée qu’une politique de semaine de quatre jours doit adopter une approche « taille unique ».

Ces résultats prometteurs au Royaume-Uni pourraient servir d’exemple pour d’autres pays en quête de moderniser les structures de travail traditionnelles tout en améliorant le bien-être des employés et en renforçant la rétention des talents.

Source : entretien du commissaire européen à l’Emploi avec Lusa

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